Décider dans le collectif

Un enjeu bien réel

Tout collectif vit au rythme des décisions qu'il prend (ou pas). La façon dont se prennent les décisions est souvent un sujet sensible.
Elle est intimement liée aux dimensions de pouvoir et de gouvernance. Plusieurs facteurs peuvent avoir une influence : la taille du groupe et sa composition, le type de décision à prendre, le temps dont on dispose, l’état des relations et la confiance entre les membres, les rapports de force en présence, etc.
Deux écueils sont potentiellement au rendez-vous : l'absence de démocratie ou une démagogie pseudo-participative qui se termine soit par la paralysie de l'action, soit par la prise de pouvoir d'un petit nombre ;-(
Savoir décider est donc un enjeu bien réel pour le collectif !

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Les modes de décision

On distingue trois grands types de prise de décision

Le mode directif

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Avantages
  • rapide
  • efficace
  • responsabilisation du "décideur"
Inconvénients
  • possibles angles morts dans la décision
  • résistance au changement
  • non responsabilisation de tous

Le mode participatif

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Avantages
  • implication de tous
  • enrichissement des perspectives
  • plus large éventail de propositions
Inconvénients
  • risque de "facipulation" et donc de résistance à terme
  • déception des participants après le choix posé par le décideur

Le mode collaboratif

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Avantages
  • niveau élevé d'engagement
  • renforce l'adhésion du groupe
  • tient compte des apports de tous
Inconvénients
  • chronophage
  • peut créer une fatigue (processus engageant)
  • risque de préservation du groupe qui empêche de prendre des décisions

Décider ensemble

Un horizon

Dans le collectif, le rêve pourrait être de parvenir à passer du "On ne fait que ce qui est décidé" à "Tout ce qu in'est pas interdit est autorisé"
et donc indirectement de devoir décider le moins souvent possible ;-)


Dans un collectif, on se situe toujours entre 3 pôles : décider seul - décider ensemble - ne pas décider.
Quand on ne joue que sur un des pôles, ça cale très souvent.
Par exemple :
  • quand une seule personne décide de tout, très rapidement quand le projet grandit, elle n'est plus en capacité de décider tant les décisions sont nombreuses
  • le projet souffre et des décisions se prennent alors ailleurs, seuls et de manière chaotique OU ne se prennent plus du tout
  • => le résultat final est le plus souvent la mort du projet
  • il en est de même quand toutes les décisions sont prises ensemble. C'est chronophage, décourageant, bloquant !
    • le projet souffre et des décisions se prennent alors ailleurs, seuls et de manière chaotique OU ne se prennent plus du tout
  • => le résultat final est le plus souvent la mort du projet
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Un objectif : décider ensemble de qui a la légitimité pour décider seul de quoi. Le comment et le quand se font en délégation de confiance.
le projet peut alors vivre sans brider les inititiatives individuelles tout en gardant une cohérence.

L'art du panachage !

Chaque mode décisionnel comporte ses avantages et ses inconvénients.
  • le 100 % directif n'est plus du tout perçu comme raisonnable
  • le 100 % participatif entraîne souvent des concertations interminables
  • le 100 % collaboratif peut aboutir à un enlisement et un nivellement par le bas

Le collectif perçoit rapidement (et souvent) la nécessité de panacher les modes de décision en tenant compte de la spécificité des situations.
Le collectif gagne en maturité et s'achemine petit à petit vers un leadership décisionnel partagé en fonction des situations (nombre de personnes, urgence, expertise requise, enjeu...)
A l'animateur d'impulser l'exemple et de choisir le mode de décision le plus opportun.
Fondamentalement, la bonne méthode sera celle qui remplit les trois conditions :
  • convenir au groupe
  • permettre l'expression réelle des désaccords
  • permettre d'avancer

Des points de vigilance

Avant d'aller plus loin dans les méthodes ou les outils disponibles, ces quelques points de vigilance sont à tenir à l'oeil.
  • accepter que tout ne doit pas se décider à l'unanimité (sans pour autant penser qu'on est "pas collectif" du coup)
    • quand tout est décidé par une personne => on est pas dans un collectif
    • quand tout est décidé par tout le monde => souvent le collectif n'avance pas (on ne décide pas pour préserver le groupe), ou le collectif se vide (par abandon faute de temps et de palabres sans fin)
  • clarifier de sur quoi on veut décider : Même lorsque l’on a l’impression que le problème est simple, chacun le comprend à sa façon. Il faut toujours se mettre d'accord sur cette définition du problème.
  • clarifier les critères d'analyse du problème : L’analyse des problèmes doit s’appuyer sur des critères clairs. Sinon comment analyser un problème si l’on ne sait pas sous quel angle de vue ?
  • accepter les désaccords : seul espoir d'innovation et permettre leurs expressions
  • décider qu'on va décider ;-) : S'offrir un cadre rassure chacun (on tente sincèrement le consensus et si on y parvient pas au bout de xx minutes on décidera au vote ou on reporte ou ...) Quand chacun sait que le temps est compté et que le débat se conclura, les échanges sont beaucoup plus intenses et structurés.
  • valider les décisions implicites : Souvent, des décisions (petites ou grandes) sont prises sans qu'on ait véritablement annoncé que c'était une prise de décision ou que l'on ait "validé" cette prise de décision. S'en assurer permet d'éviter les "freins" ou remises en question ultérieures.
  • déléguer la prise de décision à un outil numérique est un échec ,-) => s'aider d'un outil numérique est autre chose...
  • quelque que soit la méthode utilisée pour décider, il faut chercher à placer chacun dans une posture de "JE Agissant" (et pas JE demandant). Le collectif n'est pas là pour faire à la place de... mais permettre à chacun de trouver un espace bienveillant pour mener son action dans le cadre du projet
BONUS : progresser sur la prise de décision dans nos collectifs, c'est faire progresser la société sur cet enjeu de taille...

Des méthodes à disposition

le vote à la majorité

Le bon vieux vote à la majorité simple, des deux-tiers... Un peu "radical" mais à ne pas balayer trop vite.
Bien sûr, à chaque fois que possible, il faut utiliser d'autres méthodes de prises de décision moins clivantes néanmoins exclure "par principe" le vote semble contre-productif.

le consensus

La décision au consensus est un processus pour décider sans avoir recours au vote. L'objectif est que le groupe soit en accord mais sans nécessairement atteindre l'unanimité sur tout. La phrase classique du consensus est "est ce que chacun peut vire avec cette proposition ?".
Elle sous entend que chacun ne doit pas être en accord parfait avec celle-ci mais que cela n'est pas bloquant pour lui et qu'en l'état, il peut se joindre à la décision collective (peut-être sans la porter mais en tout cas sans la freiner).
  • + : assez facile à mettre en oeuvre, compréhensible facilement par les personnes peu adeptes des décisions "hors vote"
  • - : le risque de consensus mou, comme arraché de « guerre lasse » après avoir trop longtemps débattu
Ce qu’il faut retenir :
Pour qu’un consensus soit dynamique et efficace, il est important de bien définir et s’entendre sur cette notion de consensus :
Le consensus, ce n’est pas : « Attendons que 100% des participants aient adhéré à la décision à 100%. »
Le consensus, c’est : « Dans un temps donné, entérinons l’action si 100% des participants sont d’accord avec la décision dégagée à la majorité. »

le consentement

La gestion par consentement laisse la possibilité de prendre part ou non à la discussion sans entraver la décision. À partir d’une proposition, chacun peut, à tour de rôle, valider ou faire une objection qui donne lieu à des amendements à la décision, jusqu’à son adoption par le groupe, s’il n’y a plus d’objection. Cette procédure permet de considérer une décision comme le fruit d’une élaboration collective. En levant une à une les objections, chacun est conduit à prendre sa responsabilité (d’objecter et de proposer des amélioration), et non plus à accepter, sous l’effet de la masse, une décision qui ne lui convient pas.
  • + : sans doute la méthode la plus collégiale où chacun est une partie de la décision.
  • - : pas simple à mettre en place dans un groupe "classique" car elle demande engagement et temps
=> voir la fiche de l'udn : http://universite-du-nous.org/wp-content/uploads/2013/09/gpc-aide-2017-v0.1.pdf

la délégation de confiance

Dans un collectif, il faut pouvoir identifier les périmètres de décision de chacun afin de ne pas brider les inititatives individuelles.
Toutes les décisions à enjeux, irréversibles sont à mener collectivement. Le reste est à analyser et à déléguer si possible.
Ce schéma nous donne quelques pistes pour agir en ce sens.
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le jugement majoritaire

Le Jugement Majoritaire est une nouvelle théorie du choix social applicable à toute prise de décision collective, établie par les chercheurs du CNRS Michel Balinski et Rida Laraki à partir de 2006. En demandant aux votants leur opinion sur chaque option soumise, on bénéficie de beaucoup plus d’informations que dans le cadre du scrutin uninominal qui, résumant l’opinion des votants à un choix, ignore l’essentiel de l’information quant à ce qu’ils pensent. En agrégeant un grand nombre d’informations, le Jugement Majoritaire ne produit pas « juste » un gagnant qui obtiendrait la majorité des voix. Il mesure précisément le crédit porté à chacune des options et permet d’affiner autant que de pacifier la prise de décision.
=> il se prête donc bien au cas où l'on a plusieurs choix à "trancher"
=> le découvrir en une infographie => https://lesecolohumanistes.fr/wp-content/uploads/2019/05/35-Jugement-majoritaire_carre.png

Des outils numériques pour faciliter

Les désaccords

Concernant les désaccords, un conseil semble s'imposer : passer le temps nécessaire à creuser les différences de point de vue (sur quoi porte le désaccord ?) avant de passer aux solutions ou aux décisions.
Une fois le cadre du désaccord posé et si le dialogue autour de celui-ci ne parvient toujours pas à permettre de prendre une décision suffisamment partagée, le groupe est devant les choix suivants :
  • décider en votant à la majorité
  • ne pas décider et attendre que la situation et les points de vue évoluent
  • confier à une partie du groupe la responsabilité de mettre en oeuvre la décision en prévoyant une évaluation basée pour partie sur les objections de ceux qui sont en désaccords
  • creuser encore ce qui se cache derrière les désaccords

Pistes d'outils pour aider à prendre position et décider



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