Coopérer / Collaborer

Ces deux notions, très à la mode, sont presque devenues des injonctions dès que l'on parle de projet collectif. Souvent peu comprises, elles sont utilisées l'une pour l'autre. Voici quelques clarifications.
Rappelons toutefois qu'au delà des mots, ce qui compte surtout c'est de mettre en oeuvre les postures et les techniques qui permettent aux gens de faire ensemble dans la joie et l'efficacité !

Que dit le dictionnaire (Larousse) ?

Coopérer
Prendre part, concourir à une œuvre commune ; contribuer, participer, collaborer
Collaborer
Travailler de concert avec quelqu'un d'autre, l'aider dans ses fonctions ; participer avec un ou plusieurs autres à une œuvre commune

et avec l'aide de la philosophie ?

Eloi Laurent dans son livre "L'impasse collaborative" nous aide à y voir plus clair.
il résume la chose de cette façon : "On collabore pour faire, on coopère pour savoir"

Coopérer
Coopérer, c'est oeuvrer librement de concert, y compris - et c'est le point fondamental - dans un but autre que la survie, la reproduction ou le travail.
Pour E. Laurent, la coopération peret avant tout aux humains d'améliorer leur connaissance d'eux-mêmes, des autres et du monde. La coopération humaine est sans équivalent dans le monde du vivant car elle est une quête de connaissance partagée plusq u'une simple collabraotion limitée à l'accomplissement d'une tâche en commun. Loin d'être un outil au service de l'utilité et de l'efficacité, la coopération prend donc la forme d'une intelligence collective à but illimité.
Parce que coopérer, c'est apprendre à connaître ensemble, la coopération transforme les humains en pédagogues les uns pour les autres.
Collaborer
Pour E. Laurent, on pourrait penser que coppérer et collaborer son deux synonymes (comme le laisse penser d'ailleurs le dictionnaire). Il n'en est rien. et pour au moins 3 raisons :
  • la collaboration s'exerce au moyen du seul travail, tandis que la coopération sollicite l'ensemble des capacités et finalités humaines.
  • la collaboration est à durée limitée, tandis que la coopration n'a pas d'horizon fini
  • la collaboration est une association à objet déterminé, tandis que la coopération est une processus livre de découverte mutuelle.

Selon lui, le problème général est que la coopération est dévorée par la collaboration.
Education, recherche, monde du travail, politique : tous ces domaines illustrent bien la crise de la coopération que nous vivons sous les apparences d'une société de plus en plus collaborative. Cette crise se cristallise sous trois formes :
  • la montée en puissance de la solitude
  • l'avènement de passagers clandestins qui maximisent leurs profits et socialisent leurs pertes (en raisonnant avec les biens communs comme avec des objets de consommation)
  • la guerre du temps qui inaugure une crise des horizons collectifs du fait d'une transition numérique hypertrophiée et d'une transition écologique atrophiée.
Notons par ailleurs que l'industrie collaborative qui s'érige partout comme standard se révèle souvent bien peu coopérative quand il s'agit de payer les impôts ou d'assumer les coûts environnementaux.

Bon en attendant, on fait quoi ?

Rappelons toutefois qu'au delà des mots, ce qui compte surtout c'est de mettre en oeuvre les postures et les techniques qui permettent aux gens de faire ensemble dans la joie et l'efficacité !

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La posture de l'animateur

L'animateur est souvent une personnalité "rare", très présente qui peut rendre le projet totalement "dépendant" d'elle et passer insconsciemment du rôle de créateur à celui de fossoyeur...

Etre animateur de projet collectif c'est d'abord faire un travail introspectif ;-)

et identifier ses besoins de reconnaissance et de ses peurs

Les risques
  • tirer la couverture à soi
  • caractère autoritaire
  • vouloir imposer
  • penser intérêt individuel
  • se rendre indispensable
  • absence de confiance
  • esprit de compétition
  • ne pas s'écouter
  • pas de droit à l'erreur
  • écouter sans entendre
Des pistes
  • passer d'une logique d'intention à une posture d'attention
  • entre partage sincère et écoute apprenante
  • être dictateur bienveillant sans être créateur fossoyeur
  • clarifier son rapport au pouvoir
  • aller vers un ego mesuré et travaillé
  • être directif ET bienveillant
  • ne pas faire de ce qui se passe une affaire personnelle
  • croire un peu en l'Homme : L'humain est éducable :-)
  • cultiver ses lieux d'optimisme (et savoir le rester) => le recueil de citations qui font du bien :-)

et envisager son rapport à l'autre et sur ce qu'il peut apporter

Être capable d’écouter
Être capable d’attention plutôt que d’intention afin de se laisser envahir par les propositions des autres, par d’autres points de vue qui nous feront sortir de l’aveuglement étriqué de nos certitudes, donc apprendre à se taire, apprendre à travailler, organiser, reformuler les idées de celui qui nous est étranger.
Accepter que son regard constitue une part aussi pertinente que la nôtre d’un tout que nous ne pouvons voir seul.
Apprendre à cartographier simplement les idées qui nous entourent.
Être capable de faire des propositions ambiguës
Si coopérer c’est oeuvrer collectivement pour parvenir à des fins communes ou acceptables par tous, il faut se garder de faire des propositions tellement bien ficelées qu’elles vont instantanément enfermer vos complices dans le sentiment que l’on tient LA bonne solution. Il est fréquent de voir le premier beau parleur proposer un cadre organisationnel qui servira ensuite de réceptacle aux idées suivantes de ses collègues. Travailler des propositions sujettes à interprétations, pas forcément totalement formulées, permettra de laisser de la place aux idées des autres, à proposer de multiples organisations, à jouer avec les idées avant de choisir, ensemble.
Être capable de vivre avec une organisation bancale
L’organisation d’un groupe, d’un chantier n’est qu’un outil au service d’un projet. Si celui-ci est coopératif, il sera co-élaboré et donc ne pourra, dès le début, être parfaitement organisé. La part de bazar est donc normale… Pour aller plus loin, on peut estimer, en regardant le fonctionnement des systèmes vivants, qu’une part de bazar est même nécessaire à la vie du système. ⅔ de bazar pour ⅓ d’ordre semble être le ratio pertinent au sein des systèmes coopératifs. Mettre trop d’ordre risque de faire un joli système… mais mort, ou encore pire, un système au sein duquel les humains sont quasi morts.
C’est peut-être sur ce dernier point que nous avons à faire le plus gros effort de renoncement.

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